L'ASSOCIAZIONE LEONARDO DA VINCI
DALLA NASCITA AI NOSTRI GIORNI
L'Association Leonardo da Vinci de la création à nos jours
Le 15 mai 1962, au nom du Comité Promoteur Provisoire de la future Association « Leonardo da Vinci », Gino Ghirardelli convoquait une Assemblée Constitutive pour le dimanche 20 mai 1962 à la Maison du Peuple rue Papillon à Seraing. Le 20 décembre 1962 : publication des Statuts au Moniteur Belge sous le n°5079.
Ainsi commençait une histoire extraordinaire, celle de la (sous-entendu : l'association, d'où l'emploi du féminin) Leonardo ou de la Léonard. Une histoire d'émigrés, une histoire d'ouvriers, une histoire italienne, une histoire de culture populaire : l'histoire de femmes et d'hommes qui contre vents et marées, ont réussi à importer un morceau d'Italie au cœur de Seraing. Mais pas de n'importe quelle Italie... de l'Italie de « gauche », de celle qui avait chassé le fascisme, qui avait libéré son pays, l'Italie de la Résistance, l'Italie de la République, de cette République fondée sur les travailleurs, c'est-à-dire sur les droits, le contrôle et l'implication des travailleurs dans ses choix, ses orientations, ses décisions et dans son fonctionnement.
En juin 1963, le journal « LA VOCE » annonçait la création à Seraing d'une section de la Leonardo da Vinci et la constitution d'un Comité. L'association se donnait pour tâches : la reconnaissance de la silicose comme maladie professionnelle; l'appui aux syndicats dans la lutte pour les revendications des travailleurs; l'ouverture d'une campagne pour la conquête des droits démocratiques des émigrés dans le respect des lois du pays d'accueil. Elle se fixait les objectifs immédiats suivants: l'ouverture d'un local à Seraing; la création d'un Cercle récréatif des jeunes et l'ouverture d'une bibliothèque.
Dès le 15 juillet 1963, on procédait à la signature du contrat de location du local 86 rue Cockerill à Seraing, un ancien magasin de meubles, qui est encore à présent le siège de la Leonardo. Les camarades, les amis, hommes et femmes se mirent à la tâche pour l'aménager et le rendre acceptable afin de pouvoir y pratiquer les activités souhaitées. Nombreux furent les sacrifices et les risques financiers encourus.
Il est certain que l'ouverture du local de l'Association Leonardo da Vinci en fin 1963 a été un événement favorablement accueilli par l'ensemble de la population sérésienne et des environs, plus particulièrement l'italienne, car il venait combler le vide culturel et récréatif existant à l'époque. Il faut reconnaître aux responsables de cette période leur courage, leur volonté militante, leur esprit d'initiative et leur imagination qui donnèrent des couleurs méditerranéennes au ciel gris des mines et de l'industrie de Seraing. Ces précurseurs ont eu le mérite de montrer le chemin et leurs actions ont perduré jusqu'aujourd'hui.
Le bal du samedi ou du dimanche fut le rendez-vous des familles ; il y eut aussi des attractions comme des courses en sac, des démonstrations d'haltérophilie, des expositions de peintres locaux, des concours de Voix Nouvelles, il y eut aussi l'envoi d'enfants de 6 à 12 ans en colonies marines en Italie, la présentation de nombreux films, des conférences et des débats d'actualité.
Les excursions et les voyages étaient complétés par d'autres activités plus sociales, plus formatrices, plus politiques, telles que la bataille pour la reconnaissance de la silicose comme maladie professionnelle des mineurs ; l'information et l'action syndicale, l'étroite collaboration avec l'I.N.C.A.-C.G.I.L., la sensibilisation à la formation et à l'action politique; les conférences, débats et manifestations en relation avec la situation des travailleurs.
Les commémorations devenues traditions sont apparues grâce à la Leonardo. C'étaient la Fête de la République, le 2 juin et de la Libération de l'Italie, le 25 avril, la Fête des femmes, le 8 mars. Les premières fêtes de l'Unità grâce à la richesse de leur contenu s'assurèrent de larges participations populaires.
La Leonardo fut aussi active et protagoniste dans les luttes sociales tant de l'immigration que de l'ensemble des travailleurs de la région.
Pour ce qui est de l'immigration italienne, on notera son action au niveau du Consulat en faveur des droits des travailleurs émigrés et en particulier pour l'assistance aux défavorisés, la lutte pour l'amélioration des contenus des cours de langue et de culture italiennes ainsi que l'amélioration des salaires et des conditions de travail des enseignants de langue italienne.
Elle assura aussi une participation active et solidaire dans les batailles et les grèves des travailleurs de la Région (les biscuiteries Paquot, les cristalleries du Val Saint Lambert, l'aciérie Thomas, le charbonnage Collard), la lutte contre les fermetures des charbonnages, l'implication dans les luttes relatives à la crise de la sidérurgie,
L'information et le suivi de la situation sociale et politique en Italie et en Belgique est encore à ce jour un souci permanent de l'Association.
Cet éventail certainement limité de l'action de la Leonardo de Seraing met en évidence sa particularité d'avoir su s'insérer pleinement dans le monde du travail et des familles de la région liégeoise.
Nombreux sont ceux et celles qui voient en la Leonardo da Vinci la représentation et l'expression des communistes italiens et cela emplit d'orgueil nombre d'entre nous tant il est vrai que sans la volonté, les sacrifices et la militance des communistes italiens de Liège et de Seraing des années 1946 à 1962, notre Association n'aurait jamais existé.
Cependant, il vrai aussi qu'ils bénéficièrent d'amitiés et de sympathies nombreuses qui les aidèrent dans leur action.
D'autre part, si les travailleurs proches de la religion catholique ont trouvé un accueil bien préparé dans les Missions, par contre, ceux qui ne l'étaient pas, ceux qui simplement ne s'inscrivaient pas dans la mouvance catholique, ceux de la gauche étaient moins bien perçus. L'accord sur le charbon n'avait-il pas été signé une première fois en 1938 avec le régime fasciste et son application reportée du fait de la guerre ?
Il s'avère que la plupart des Italiens immigrés, dits de l'immigration noire et de l'immigration rouge, étaient gens de gauche ou proches de la gauche et que de ce fait, ils étaient peu appréciés des autorités belges.
Dans ce contexte aux relents de maccarthysme, et pour tout dire de chasse aux communistes (expulsions et renvois à la frontière), ce furent les camarades du Parti Communiste Belge qui se montrèrent les plus solidaires; suivis des syndicats et plus tard, du parti socialiste.
Le fait d'avoir noué - dès l'époque, et souvent clandestinement - des rapports préférentiels avec le Parti Communiste Belge et le Parti Communiste Italien, malgré les difficultés et les persécutions, n'a pas empêché l'Association Leonardo da Vinci de bien distinguer action politique, action syndicale et luttes des travailleurs, action sociale, culturelle, récréative et sportive en cherchant en permanence l'ouverture aux autres, à la solidarité, aux batailles et luttes unitaires les plus larges possibles avec toutes les forces politiques et syndicales démocratiques et antifascistes.
Nous ne voulons pas laisser circuler l'idée que les camarades créèrent l'Association pour cacher leur action de militants communistes italiens.
Comme leurs actions le démontrent, ils créèrent l'Association Leonardo da Vinci pour répondre à des besoins culturels, sociaux, récréatifs et politiques qui ne trouvaient pas d'espace dans l'environnement de l'époque.
Le contexte de l'émigration - immigration en région liégeoise
et la Leonardo da Vinci
Les immigrés italiens en Belgique, dès lors aussi à Liège et Seraing, proviennent pour la plupart des Régions du sud et des îles de l'Italie (Abruzzo, Basilicata, Calabria, Campania, Molise, Puglia, Sardegna, Sicilia,) mais aussi de Régions du centre et même du nord (Emilia-Romagna, Lazio, Marche, Toscana, Umbria, Veneto Friuli).